La cathédrale Saint-Isaac

Cet édifice de plan central, dispose autour d'un axe vertical passant par le dôme, est un élément inséparable de la silhouette de Saint-Pétersbourg et domine puissamment le relief architectural de la ville. Il participe à l'ordonnance de deux places centrales de Saint-Pétersbourg : la place Saint-Isaac et la place des Décabristes.

La cathédrale que nous pouvons voir de nous jours est la quatrième église édifiée à Saint-Pétersbourg sur cet emplacement en l'honneur de moine légendaire Isaac de Dalmate.
La construction de chacune de ces églises est étroitement liée a l'histoire de la ville et reflète dans une certaine mesure les tendances architecturales et décoratives qui y régnèrent successivement.

Ayant fondé la ville de Saint-Pétersbourg en 1703, Pierre le Grand exprima le désir de consacrer une des églises de la nouvelle cite à saint Isaac le Dalmate dont la fête correspondait à son jour de naissance (le 30 mai).  En 1710, sept années après la fondation de la ville, on construisit une petite église en bois sur un terrain laisse en friche non loin de l'Amirauté. 

 

Ce premier temple relevait de ce style simple et austère qui caractérise les premiers édifices de Saint-Pétersbourg à l'époque pétrovienne.

C’est dans cette église que fut célébrée, le 19 février 1712, la cérémonie du mariage de Pierre le Grand avec Catherine I.
Mais très bientôt, le modeste temple détonna dans le cadre somptueux de la nouvelle capitale russe.

                                                   

Le 6 août 1717, au bord du la Neva, là où se trouve actuellement le monument équestre de Pierre le Grand, on édifia une deuxième église Saint-Isaac selon le projet de Johann Mattarnovy.

 

Par son aspect extérieur, elle ressemblait à la basilique élevée par Domenico Trezzini sur le territoire de la forteresse Pierre-et-Paul. Les deux temples étaient décorés a l'intérieur par des iconostases en bois sculpte et dore, exécutées d'après les dessins d'Ivan Zaroudny. Très vite, l'église menaça ruine, car elle avait été construite sur un sol instable et les rives de la Neva n'avaient pas été consolidées.

Les murs et les voûtes étaient sillonnés de lézardes.
En 1735, un incendie mit fin à cette lente agonie. On s'efforça de restaurer l'édifice, mais il y perdit son aspect initial. Afin de diminuer la charge sur les murs et les voûtes, on refit une coupole beaucoup plus petite que la précédente, on supprima également le clocher et son horloge.

 

 

Ainsi restaurée, l'église semblait à demi construite. En 1763, elle fut démolie. Un ukase du 15 juillet 1761 désigna Savva Tchévakinski pour édifier une nouvelle église Saint-Isaac. Cet architecture talentueux avait déjà fait ses preuves lors de la construction de l'église Saint-Nicolas, qui s'est conservée jusqu’à nos jours. Mais il ne put réaliser son projet, car l'édification de la nouvelle église fut remise.

Montée sur le trône en 1762, Catherine le Grand approuva l'idée de bâtir une église a la mémoire de Pierre le Grand et donna son assentiment pour qu'elle fut construite là ou Tchévakinski l'avait prévue dans ses plans, mais la réalisation du projet fut confiée a l'Italien Antonio Rinaldi.
L'illustre architecte projeta une cathédrale couronnée de cinq coupoles aux silhouettes complexes et surmontée d'un haut clocher. Le revêtement des murs en marbre devait conférer beaucoup d'élégance aux façades de l'édifice. Il est possible de de faire une idée de la perfection de ce projet d'après son modèle réduit conserve au Musée de l'Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg. Ce temple aurait pu être le chef-d'œuvre de ce « maitre des façades de marbre », mais les travaux étaient menés à un rythme extrêmement lent et Rinaldi dut quitter Saint-Pétersbourg avant d'en avoir terminé l'édification.

Le nouveau maitre de la Russie, Paul Ier, mécontent de cette lenteur, confia a Vincenzo Brenna le soin d'achever promptement les travaux. Afin de satisfaire le caprice du tsar, Brenna fut oblige de simplifier, voire d'altérer le projet de Rinaldi : il diminua les dimensions de la partie supérieure de l'église et, au lieu de cinq coupoles, il n'en plaça qu'une seule. Le revêtement en marbre ne fut exécuté que jusqu’à la corniche ; plus haut, les briques restèrent nues. L'aspect de l'église était franchement ridicule et suscita de nombreuses critiques et moqueries. On raconte qu'un jeune officier revenu d'Angleterre exprima son opinion dans une épigramme qu'il tenta de placarder sur la façade de l'église :

Ce monument de deux règnes

Sied aussi bien à l'un qu'à l'autre :

Sa base est en marbre,

Son haut est en brique.

Notre héros paya cher ce trait d’esprit : il fut exile en Sibérie !

L'édifice ne s'harmonisait aucunement avec le cadre architectural de parade qui l'entourait et, quelques années plus tard, le Senat et le Synode envisagèrent son remaniement. Le comte Stroganov, président de l'Académie des Beaux-Arts, composa le programme d'un concours prévoyant, selon le désir d'Alexandre Ier, que l'autel édifié par Rinaldi fut conserve intact.

Adrian Zakharov, Andrei Voronikhine, Vassili Stasov, Giacomo Quarenghi et d'autres architectes en vue participèrent aux concours de 1809 et 1813. Mais tous proposaient non pas de remanier, mais d'abattre l'ancienne église pour en construire une nouvelle à sa place ; l'empereur refusa ces projets.

La guerre contre Napoléon fit ajourner la décision. Apres la fin victorieuse de cette guerre, le projet de l'édification de la quatrième église Saint-Isaac furent confès a Auguste Ricard de Montferrand, jeune architecte français ayant fait de brillantes études à Paris et passe son apprentissage auprès des célèbres architectes Charles Percier et Pierre Fontaine.

 

 

C'est en 1816 que Montferrand arriva en Russie où il devait passer la plus grande part de sa vie et devenir l'un des bâtisseurs les plus réputés de son époque. Il fit montre d'un talent indéniable, de larges capacités créatrices et ne manqua jamais de perfectionner ses connaissances dans le domaine de l'architecture et des moyens techniques au cours des quarante années durant lesquelles, non sans déboires et erreurs, il dirigea le grandiose chantier de la cathédrale Saint-Isaac. Dans cette œuvre a grand échelle, il fut efficacement seconde par un comité fondé par l'Académie des Beaux-Arts et dans lequel entraient Carlo Rossi, Vassili Stasov, Andrei et Alexandre Mikhaïlov et d'autres bâtisseurs russes.

A l'endroit où se trouve la Cathédrale d'Isaac, les Russes s'étaient déjà mis à l’oeuvre au siècle dernier pour bâtir une église. Elle était en bois et avait été élevée par Pierre le Grand, mais elle fut bientôt détruite et Catherine la Grande en commença une autre,qui fut achevée en 1801. Cet édifice disparut à. son tour et l'Église actuelle, d'une si magnifique structure, a été bâtie dans le cours de trois règnes. Commencée en 1819, elle ne fut consacrée qu’en 1858. Pour lui donner des fondements solides, toute une forêt de pilotis fut enfoncée dans le sol marécageux et les premières dépenses s’élevèrent jusqu’à 1,200,000 roubles (4 millions 8 cent mille francs).

A l'intérieur de l'Eglise, les colonnes en malachite qui sont devant l’iconostase ont 30 pieds de haut et surpassent tout ce qui a été fait jusqu’ici en cette pierre magnifique. Les colonnes en lapis lazuli qui se trouvent de chaque côté de la porte de l’iconostase ont une grande valeur, mais manquent d’effet il côté du malachite. Nous les revenons en parlant plus amplement de l’iconostase.

Jean Bastin, Guide Saint-Pétersbourg, 1866

La plupart des ouvriers besognant sur le chantier étaient des serfs : leurs conditions de travail étaient des plus pénibles. Les documents d'époque nous font savoir que la journée de travail durait « autant que c'était possible selon les saisons » : de treize a seize heures, y compris les dimanches et les jours fériés. L'épuisement physique de ces hommes de peine causait de fréquents accidents de travail. Le métier des doreurs était particulièrement dangereux ; les feuilles de cuivre qui devaient revêtir la coupole étaient dorées « au feu » : sur les feuilles on portait un amalgame d'or et de mercure ; ensuite, elles étaient chauffées sur des braseros, le mercure s'évaporait et la surface se recouvrait d'une fine couche d'or parfaitement unie. La dorure ainsi obtenue est d'une telle qualité qu'elle s'est conservée jusqu’à nos jours. Mais elle valut la vie de nombreux artisans victimes des émanations toxiques du mercure. On ne connait pas le nombre exact d'ouvriers morts à la tâche, mais les documents qui se sont conserves permettent d'affirmer que sur les quatre cent mille hommes qui prirent part à l'édification de la cathédrale, environ cent mille moururent de maladies ou périrent dans les accidents. Ainsi, le légende qui dit la cathédrale Saint-Isaac repose sur les os des serfs russes n'est pas dénuée de fondement.

 

 

La construction de la cathédrale était au centre de la chronique de la capitale russe et l'objet de la curiosité de ses habitantes. Ces derniers furent particulièrement attires par de déchargement sur le bord de la Neva d'énormes blocs de granit destines aux colonnes des portiques de la cathédrale. Le voyageur français Dupré de Saint-Maure écrivait : « Ce fut un beau spectacle pour cette ville que le débarquement des six premières colonnes destinées aux portiques du nouveaux temple… Depuis plusieurs jours l'attente préoccupait les esprits ; une foule immense envahit les quais et le place d'Isaac pour être témoin du Prodige… Ce travail est le beau de la patience, de la force et de l'adresse de l'homme ».

Une autre témoin, le publiciste et peintre Nikolaï Bestoujev, reprochait à la presse russe le réserve qu'elle montrait, dans ses reportages, à l'égard des travaux du chantier de Saint-Isaac : « Nous cherchons des choses prodigieuses dans les pays étrangers ; nous lisons avidement l'histoire ancienne qui nous raconte les merveilles de l'architecture d'alors, et à chaque ligne nous nous exclamons : extraordinaire ! Incroyable !... Et nous passons, avec une curiosité banale, devant ces gigantesques colonnes… Leur grandeur colossale et les moyens simples et ingénieux que la Nature même a soufflés en secret à ces simples gens pour qu'ils puissent les déplacer, tout cela remplit mon amé de satisfaction… »

                 

Saint-Pétersbourg en un coup d'oeil



Population (2015) : 5 191 690 millions d'habitants
Fondation : 1703
Fuseau horaire: UTC+04:00 (MSK)
Densité : 2 807,3 hab./km²
Région : Nord-Ouest
Préfixe téléphonique : (00 7) 812
Code postaux : 190000-199406
Ancien nom : Pétrograd (1914-1924)
Ancien nom : Léningrad (1924-1991)