Nicolas Poussin au musée de l'Ermitage

L’affirmation des idéaux civiques, de la vaillance, des normes morales et éthiques élevées, la recherche de l’harmonie et du triomphe de la raison sont des éléments propres d'un nouveau courant: le classicisme, dont le fondateur, dans la peinture française du second quart du XVIIe siècle, fut Nicolas Poussin (1594—1665).

Poussin a passé une grande part de sa vie artistique en Italie, où il pouvait librement travailler loin de la cour de France, avec ses goûts et ses exigences étrangers à son talent. Durant son bref séjour à Paris, où le peintre était rentré sur l’ordre de Louis XIII (en 1640—1642), il manifeste une fois de plus son attitude négative à l’égard des canons dominants à la cour, des courants officiels qui affirment la pompe et le vide et qui donnent une peinture certes de beaucoup d’effet, mais trop pompeuse. Pour lui, la peinture est un moyen de servir la société, d’éduquer des sentiments nobles, d’héroïsme. Aussi fidèle à sa conscience du devoir, Poussin fuit-il à nouveau la France, mais il restera jusqu’à la fin de ses jours attaché par l’esprit à sa patrie, qu’il sert par son art.

L’étude de la culture antique, au contact des innombrables sculptures et monuments d’architecture qu’il voit à Rome, l’étude des œuvres de Raphaël et d’autres grands maîtres italiens, le désir d’envisager la peinture de façon scientifique, sa connaissance de l’anatomie, de l’optique, etc., ses réflexions sur les principes structuraux des œuvres classiques, sa quête de formes achevées d’expression des idées importantes et progressistes conduisent Poussin à élaborer des fondements théoriques et pratiques du classicisme. Des procédés nombreux, certes, mais également les sujets eux- mêmes sont empruntés à l’art classique du passé, à la mythologie antique et chrétienne, aux œuvres des maîtres de la Renaissance.

Le sujet de l’un des meilleurs tableaux de Poussin que possède l’Ermitage, Tancrède secouru par Herminèe, est emprunté à un poème épique d’un poète italien du XVIe siècle, le Tasse: Jérusalem délivrée. L’artiste choisit un épisode où triomphe la grandeur spirituelle des hommes, leur fidélité au devoir, la poésie des grands sentiments. Il glorifie l’abnégation et l’héroïsme du chevalier Tancrède, qui a vaincu son ennemi dans un duel difficile, et la résolution de la jeune Herminée, amoureuse de lui, qui sauve la vie du héros blessé. «. . . Rappeler à l’homme la vertu et la sagesse, grâce auxquelles il saura rester ferme et inébranlable sous la pression du destin...», telle est l’une des tâches de l’art que cherche à résoudre Poussin. Afin de mieux se faire comprendre, l’artiste recourt à une composition logique et claire. Les héros, vêtus, comme c’est l’usage chez Poussin, de vêtements antiques, sont représentés en gros plan et situés au centre du tableau. L’artiste les met en relief à l’aide des couleurs. Le choix des couleurs suit une logique : rouge est le vêtement du héros principal, Tancrède; bleu celui d’Herminée et jaune celui d’un personnage de second plan, le serviteur Vartine. Lumineuses et expressives sont les poses des personnages. Le corps perdant son sang de Tancrède gît sans forces sur la terre, tandis qu’il est soutenu par Vartine qui s’incline sur lui. Herminée, dans un mouvement dynamique, coupe une boucle de ses merveilleux cheveux pour panser la blessure de son ami et le sauve de la mort grâce à des formules magiques.

Le caractère héroïque de l’événement, le romantisme et la poésie sont rendus par l’ensemble de la structure de l’œuvre. Le rythme agité de la composition est renforcé par les contrastes de taches lumineuses et sombres, et particulièrement par la correspondance émotionnelle du coloris. La lueur inquiète que l’on voit dans le ciel, les contours sombres des montagnes, les silhouettes des chevaux sur un fond de nuages menaçants, le cadavre de l'ennemi tué et étendu, au fond, à droite, les éclats de la cuirasse et du bouclier de Tancrède, les modestes fleurs des champs épandues sur l’herbe rendent l’atmosphère inquiète et lyrique de cette scène. Tancrède secouru par Herminée a été peint dans les années 1630, alors que Poussin se trouvait sous l’influence du Titien. Par la suite, le lyrisme et l’émotion font place, dans l’œuvre de Poussin, à un rationalisme austère.

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